Portrait d’une travailleuse : Jessica Scalabrini, manœuvre spécialisée en Estrie


Lisez ce portrait d’une travailleuse de l’industrie de la construction, en tant que femme dans un milieu majoritairement masculin. Son nom est Jessica Scalabrini, manoeuvre spécialisée dans la région de l’Estrie. 

Pourquoi es‐​tu allée travailler en construction ?

C’est un milieu qui m’avait toujours intéressée, mais je n’avais jamais osé y aller. Dans ma famille, on a une philosophie de suivre nos rêves. Mon père avait travaillé pour Couillard Construction pendant 25 ans. Je suis donc allée les voir et il y avait un programme pour aider les femmes à intégrer l’industrie.

Aujourd’hui, ça fait 5 ans que je fais ça et J’ADORE mon travail !

Qu’est-ce que tu aimes de ton travail ?

Ce que j’aime : ma « gang », les gars sont vraiment super ! J’ai travaillé sur les ponts, l’excavation, j’aime être dehors, j’aime ça travailler physique… Je suis vraiment comblée dans mon travail.

Est‐​ce que c’est ce à quoi tu t’attendais, être une femme en construction ?

J’ai été surprise du milieu, ce n’était pas exactement ce à quoi je m’attendais. Avant de commencer, l’orgueil est embarqué. Je me demandais si je serais aussi endurante, aussi bonne (que les hommes). Je parle pour moi, mais les gars de la « gang » ont été fins, ils m’ont pris sous leur aile, ils voulaient que je sois bien. Je pouvais poser mes questions, tout le monde me répondait. Je ne me sens pas jugée ni inférieure, ils sont toujours là pour moi si j’ai besoin d’aide.

Couillard Construction est une grosse équipe quand même, on est supportés dans toutes les sphères du travail. L’employeur est très humain, respectueux, il est contre l’intimidation et il y fait attention. Il milite pour le respect et ça paraît.

C’est quoi ton parcours ?

J’ai commencé sur l’équipe d’asphalte en tant que signaleuse pour vérifier si j’aimais l’ambiance. Ensuite sur les ponts en tant que manœuvre sur des barrages, puis en excavation sur un gros chantier à Rouyn. Sur ce dernier, j’ai fait tout le travail de signalisation : installation des chantiers, pose de tuyaux, pose de barrières à sédiments, pelletage, raclage, etc.

C’est quoi la réalité sur les chantiers ?

J’ai passé deux étés sur un chantier à Rouyn (mai à novembre). On se trouve une place où habiter là‐​bas et on reçoit une pension. Ç’a été difficile d’être loin de mes proches, car je suis très proche de ma famille. Mais une fois rendue là‐​bas, notre équipe de travail devient une famille. Mes confrères ont été là pour moi et je recommencerais n’importe quand.

Ça serait quoi ton conseil à une femme qui veut travailler en construction ?

FONCE ! Quand tu as confiance en toi et que tu as une belle équipe, c’est tellement facile ! Travailler avec des gars c’est simple. On a tous notre petit plus à apporter à l’équipe, que ce soit côté travail, côté personnalité. Moi je suis toujours contente de travailler, de voir mon monde, j’amène une autre énergie.

Est‐​ce que parfois tes collègues te font des commentaires un peu inappropriés ?

Ça n’a pas été problématique. Oui, des fois, il y a des choses qui se disent, mais ils sont respectueux quand tu mets tes limites.

Est‐​ce que ton syndicat fait quelque chose pour toi en tant que femme dans un milieu majoritairement masculin ?

J’adore mon syndicat ! Je ne changerais pas. Ma petite sœur est rentrée dans la construction aussi et elle est allée avec la CSD Construction. Quand je les appelle, ils me donnent toujours du « feedback ». Je n’ai jamais été déçue d’un appel. Vraiment du bon service, les gens sont fins.

Est‐​ce qu’il y a des métiers plus « femmes » et d’autres plus « hommes » en construction ?

Il y en a qui ne sont pas évidents pour des femmes (ex. : ferrailleur), mais on est toutes capables de le faire, tant que la volonté est là. Il n’y a pas de sous‐​métier, chaque métier a sa partie plus difficile et plus facile, il y a des positifs et des négatifs pour tout. Je ne pense pas que les filles devraient aller vers un métier en particulier à cause de leur sexe. Il faut essayer, voir si on aime ça.